RÉCIT 34 : Mohammed et son ami intime Abou Bakr:



Les années passèrent après son mariage avec Khadija. Mohammed devient un homme qui surpassait son peuple par les honneurs, la sagesse, la noblesse de caractère et les valeurs humaines. Bien que Dieu mît dans son cœur le dégoût de l’idolâtrie, des injustices, et des dérives païennes dans lesquels sombrait son peuple, Mohammed vivait parmi ses concitoyens, il ne s’en était pas écarté, même s’il ne partageait pas toutes leurs pratiques et leurs pensées. Mohammed était pleinement dans la société, il agissait dans l’action de bienfaisance, et il contribuait avec eux à tout projet qui lui semblait noble et juste.

En amitié Mohammed va rencontrer Abou Bakr, un riche mecquois. Très vite Mohammed et Abou Bakr devinrent les meilleurs et les plus proches amis, bien que ce dernier fût idolâtre à ce moment.

Abou Bakr était émerveillé par la personnalité de Mohammed, il fut ébloui par sa belle éducation : son comportement, son humilité, sa générosité, son souci porté sur les plus démunis, son esprit ouvert et épris de justice. Comment ne pas tisser une amitié avec tel personnage ? Tout comme Mohammed verra en Abou Baqr un homme d’une grande notoriété et modeste, riche et généreux, d’une belle apparence et instruit. Ainsi les deux hommes se sont liés pour des valeurs et des buts partagés.

Leur amitié s’est construite sur la véracité de chacun, bien que Mohammed le surpassât. Ce lien est devenu si solide qu’il perdura jusqu’à leur mort. Abou Baqr fut son meilleur ami intime le plus proche. Nous comprenons pourquoi Mohammed devenu Prophète de Dieu surnomma Abou Bakr : « As-Saddiq » - Le véridique. Il dira même que s’il devait y avoir un Prophète après Lui, Abou Bakr lui succèderait.

Cette amitié (ou fraternité) qui mériterait un long exposé entre ces deux hommes est un modèle aujourd’hui. Elle n’est pas fondée sur des mauvaises intentions, ni sur un quelconque intérêt materiel, ni sur un mesquin profit. Elle est fondée sur des valeurs comme la sincérité et la véracité, mais aussi sur des visées nobles.

Une amitié (ou fraternité) qui s’écroule entre deux personnes, c’est la conséquence d’une mauvaise intention de l’un ou de l’autre, ou des deux à la fois. Quant à la fraternité dans le « dine », dans la religion, elle est souvent trompeuse à notre époque, et beaucoup ont été dupés, car on oublie que la religiosité d’une personne ne se mesure pas à ses actes cultuels, ni à ses paroles mielleuses, ni à ses apparences, mais à ses actes et à son comportement de tous les jours. Ainsi Omar Ibn Al-Khattab, l’ami et l’élève le plus proche du Prophète après Abou Baqr nous donne ce bel enseignement rapporté dans la tradition :

Omar Ibn El-Khattab qui a été éduqué et instruit à l’école prophétique devait arbitrer une affaire. Il avait donc besoin d’un témoin connu pour sa bonne religiosité afin d’apporter son témoignage. Un témoin vint à lui et un dialogue va débuter :

Omar dit à ce témoin : « Je ne te connais pas. Amène donc une personne qui te connaît. »

Un homme de l’assemblée se leva et dit : « Je le connais. »

Omar lui demanda : « Que sais-tu de lui ? »

L’homme répondit : « Je sais qu’il est de bonne religiosité et méritant. »

‘Omar répliqua : « Est-il ton proche voisin que tu vois nuit et jour et dont tu connais les allers et venues ? »

L’homme répondit : « non »

Omar continua : « As-tu déjà effectué avec lui des transactions commerciales mettant en jeu or et argent, transaction qui sont la preuve de la vertu d’une personne ? »

Il répondit : « non ! »

Omar insista : « T’accompagne-t-il alors durant tes voyages qui sont le meilleur moyen pour découvrir les nobles caractères d’une personne ? »

L’homme reconnu : « Non ! »

Omar dit alors : « Alors tu ne le connais pas »

Et Omar refusa donc le témoignage.


Le: 2019-01-08 Par: M.A

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