RÉCIT 56 : LE PROPHETE PRONONCE SON PREMIER DISCOURS PUBLIC DEVANT DES MEMBRES DE LA TRIBU HACHIM:



Donc sans défaitisme, le Prophète invita une seconde fois sa famille (Hachim), et cette fois-ci une trentaine de membres répondirent à l’invitation dont son oncle Hamza qui fut absent lors de la première. Abou Lahab fut également parmi les invités.

Alors que ses hôtes commencèrent à manger, le Prophète se leva en plein repas et entreprit d’annoncer son message. Abou Lahab fut pris de court, cette fois-ci il ne pouvait couper la parole au Prophète car c’était mal élevé de sa part. Le discours du Prophète prononcé lors de cette rencontre est rapporté par les chroniqueurs, Il dira :

« Louange à Dieu, je le loue, je demande son assistance, je crois en Lui, j'ai confiance en sa puissance et j'atteste qu'il n'existe aucune divinité à l'exception de Dieu. Sachez que si j'allais décider de mentir, ce ne serait pas à vous que je le ferai et sachez que si j'allais décider de tromper les gens, ce ne serait pas avec vous que je le ferai. Dieu m'a envoyé à vous en particulier et aux gens en général. Je jure par Dieu que votre mort sera comme votre sommeil et que votre résurrection sera comme votre réveil et qu'ensuite il y aura ou bien le paradis ou bien l'enfer. Ô Banou Hachim, Ô Banou Abdel Mouttalib, Ô El- Âbbass, Ô Safiyya tante du Prophète, Ô Fatima fille du Prophète, accomplissez de bonnes œuvres parce que je ne pourrai pas vous défendre si Dieu décide de vous châtier ».

Arrêtons-nous ici pour extraire les enseignements de ce discours prophétique.

C’est toujours dans un climat convivial et fraternel que le Prophète prêche sa religion à sa tribu.

Abou Lahab fait toujours parti des invités du Prophète. Cela nous montre une fois de plus la tolérance du Prophète, Il ne rejette pas celui qui s’oppose à Lui. Une leçon à méditer. Le Prophète nous donne ici une leçon morale ; même si Abou Lahab est farouchement opposé à cette nouvelle religion, il demeure son oncle, et il est aussi invité à entendre le Message universel du Prophète.

Nous pouvons également remarquer le changement opéré dans la stratégie du Prophète. La première fois il essaya de prononcer son discours après le repas, mais en vain. Cette fois-ci, Il prononça son discours en plein repas et donc personne ne pouvait l’interrompre.  Il ne faut jamais abandonner un objectif, et ne pas avoir peur de changer de stratégie pour l’atteindre. 

Revenons maintenant sur la forme et le contenu du discours du Prophète. Il s’agit du premier discours de Mohammed prononcé publiquement.

Sur la forme, nous constatons qu’il s’agit d’un discours concis. Ce n’est pas des discours interminables, mais des messages brefs que Mohammed proclamait en laissant méditer celui qui écoute. C’est un discours clair, et nous connaissons l’éloquence du Prophète depuis son enfance. Le Prophète était précis dans ses mots et dans son expression.

Reprenons maintenant le contenu de ce discours :

« Louange à Dieu, je le loue, je demande son assistance, je crois en Lui, j'ai confiance en sa puissance et j'atteste qu'il n'existe aucune divinité à l'exception de DIeu ».

Le Prophète innove dans le discours traditionnel arabe. Les invités furent surpris des formulations jamais encore entendues chez les arabes à l’époque. Ils furent étonnés également par le contenu de ce message : UN DIEU UNIQUE SANS ASSOCIE. C’était un choque pour des idolâtres qui avaient l’habitude d’invoquer avec Dieu d’autres divinités comme houbal, manate, et d’autres encore.

Le Prophète entamait toujours ses discours par sa reconnaissance envers Dieu, en le louant. C’est auprès de Dieu que l’assistance et la protection doivent être recherchées. Un message adressé aux idolâtres qui les cherchaient auprès des divinités qu’eux-mêmes ont fabriquées. Avoir une totale confiance en Dieu, car la toute-puissance appartient à Dieu et non à des idoles faites de terre, incapables de se défendre elles-mêmes.

N’oublions pas que le Prophète s’adresse à des idolâtres, chaque terme employé est précis. Puis vinrent les deux piliers fondateurs de la foi musulmane : La foi en Un Dieu Unique, et la foi au Jour de la Résurrection, sachant que les arabes ne croyaient pas en l’Au-delà. Observons comment le second pilier est exprimé sous forme de parabole poétique par le Prophète : « Je jure par Dieu que votre mort sera comme votre sommeil et que votre résurrection sera comme votre réveil et qu'ensuite il y aura ou bien le paradis ou bien l'enfer. »

Puis le Prophète dans ses talents d’orateur va s’adresser à sa tribu en lui exprimant des valeurs auxquelles tous sont attachés : Amour, loyauté, unité, et fidélité. Des valeurs qu’Il exprime à sa tribu, à sa famille alors la très grande majorité sont idolâtres. « Sachez que si j'allais décider de mentir, ce ne serait pas à vous que je le ferai et sachez que si j'allais décider de tromper les gens, ce ne serait pas avec vous que je le ferai ». Le Prophète affirme sa loyauté et son Amour à la famille Hachim, même s’Il ne partage pas leurs croyances et certaines coutumes païennes. Il demeure néanmoins un membre fidèle et honnête à sa tribu. N’est-ce pas là un message adressé à tous ceux qui au nom de l’islam rompent les liens avec leurs familles et leurs patries parce qu’ils ne sont pas musulmans ?

Enfin Mohammed rappelle qu’Il n’est que le Messager de Dieu venu à eux particulièrement et aux gens en général. Le Prophète met en évidence son rôle qui se limite simplement à avertir les gens, et en premier lieu les membres de sa famille. Il vient les appeler à croire en Un Dieu Unique et à accomplir le bien sur Terre afin d’éviter le courroux de Dieu. Il dira : « Ô Banou Hachim, Ô Banou Abdel Mouttalib, Ô Al-Âbbas, Ô Safiyya tante du Prophète, Ô Fatima fille du Prophète, accomplissez de bonnes œuvres parce que je ne pourrai pas vous défendre si Dieu décide de vous punir ».


Deux remarques à retenir dans ce discours du Prophète :

Observez que le Prophète s’adresse aussi bien aux femmes qu’aux hommes lorsqu’Il nomme certains : Al-Âbbas, Saffiya et Fatima. Ces trois personnes sont proches du Prophète comme les autres, mais en même temps il y avait entre eux une certaine complicité que Mohammed n’avait pas avec d’autres membres de la tribu. Il s’est permis alors de citer leurs prénoms.

Il est à rappeler enfin qu’Al-Abbas, Hamza, Abou Lahab et Abou Talib sont les oncles du Prophète présents lors de cette réunion familiale. A cette époque, chez les arabes et notamment chez Qoreïche, il était répandu une coutume qui consistait à ce que le plus jeune n’interpelle pas le plus âgé pour lui donner un conseil. C’était mal élevé qu’un jeune appelle son oncle par son prénom, et de surcroît lui sous-entendre qu’il est dans l’erreur. Dans la société mecquoise c’est les plus âgées qui donnaient des leçons de moral aux plus jeunes et rarement l’inverse. Mais plus tard l’islam fera disparaitre cette mentalité, car la sagesse peut être aussi chez les plus jeunes également. Retenons ici que le Prophète n’alla pas contre cette coutume, car c’était une futilité à ce moment-là, mais Il interpellera Al-Abbas car celui-ci était certes son oncle mais presque du même âge et une complicité existait entre eux. Voila un exemple de sagesse du Prophète Mohammed.


Le: 2019-02-08 Par: M.A

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